Les yézidis de Shengal appellent à des sanctions contre la Turquie

Les organisations yézidies appellent l’ONU, les États-Unis et l’Union européenne à « prendre des mesures immédiates contre les frappes aériennes de la Turquie dans la région de Shengal ».

Le Conseil d’autonomie démocratique de Shengal (CADS), le Parti pour la Démocratie et la Liberté des Yézidis et le Conseil des Exilés de Shengal ont lancé un appel aux Nations Unies, aux Etats-Unis et à l’Union européenne afin que des mesures immédiates soient prises contre les frappes aériennes de l’Etat turc dans la région de Shengal (Sinjar).

Les organisations yézidies ont demandé une zone d’exclusion aérienne au-dessus de Shengal ainsi que la reconnaissance des unités d’autodéfense de Shengal (YBS et YJS) et un statut autonome pour la région. Dénonçant l’accord du 9 octobre 2020 entre le gouvernement régional du Sud-Kurdistan (KRG) dirigé par le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) et le gouvernement central irakien, elles ont souligné que sa mise en œuvre serait une poursuite du génocide du 3 août 2014 et demandé son abrogation immédiate.

Le CADS a déclaré ce qui suit :
« La communauté yézidie est opprimée depuis des siècles et menacée de génocide. Après le retrait par le PDK de plus de 12 000 soldats à Shengal, notre région a été attaquée le 3 août 2014 par Daesh. Nos enfants ont été décapités, les femmes violées et vendues, et les hommes tués ou torturés et brûlés. Nous avons été chassés de notre patrie qui a été pillée par Daesh.

Avec les unités d’autodéfense yézidies YBS/YJS, que nous avons fondées après cet horrible génocide, nous garantissons la sécurité de notre peuple et défendons notre patrie. Nous sommes arrivés à la conclusion que seules l’autonomie et l’autodéfense, en lien avec le gouvernement central irakien, nous permettent de vivre en tant que citoyens irakiens avec des droits égaux. La communauté yézidie est l’un des peuples autochtones d’Irak, elle a les mêmes droits et obligations dans le pays que les autres communautés ethniques et religieuses. L’existence des yézidis a été niée par la communauté internationale pendant de nombreuses décennies.

Nous avons été victimes de discriminations, de persécution et de nettoyage ethnique et culturel. Notre identité ethnique, culturelle et religieuse n’est pas reconnue, bien que nous soyons un peuple indigène de Mésopotamie. Nous devons nous unir en tant que citoyens irakiens qui croient en l’avenir de notre pays. Depuis le 3 août 2014, personne ne s’est préoccupé des yézidis à Shengal. Entre-temps, les yézidis ont fondé leurs institutions autonomes. Les unités de résistance, les YBS/YJS, ont lutté contre l’EI et libéré la région de Shengal.

Il est exact que le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) est venu à Shengal peu après le 3 août 2014, sauvant des milliers de yézidis du génocide perpétré par Daesh. Le PKK a soutenu les yézidis jusqu’à ce qu’ils soient capables de se défendre, ce dont nous lui sommes très reconnaissants. Cependant, le PKK s’est retiré de Shengal le 1er avril 2018. Ce retrait a été confirmé par le Département d’État américain. Nous aimerions rappeler une fois de plus qu’il n’y a pas le PKK à Shengal, mais seulement les forces d’auto-défense des YBS/YJS.

Depuis la libération de la ville des mains de Daesh, l’armée turque a attaqué à plusieurs reprises la région de Shengal. Depuis octobre 2019, date à laquelle la Turquie a mené une opération d’invasion au Rojava, l’armée turque a bombardé la région de Shengal à 6 reprises. Plusieurs combattants yézidis des YBS ont été tués lors de ces attaques. »

Le CADS a ajouté qu’il ne faisait aucun doute que l’objectif de la Turquie est de perpétrer un nouveau génocide envers les yézidis et déclaré qu’une autre attaque de l’aviation turque avait eu lieu lundi contre des positions des YBS, tuant un combattant et en blessant un autre gravement.

Et de poursuivre : « Il est incompréhensible pour nous que l’opinion publique internationale ne réagisse pas aux attaques de l’État turc. Nous appelons les États-Unis à interdire l’espace aérien du nord de l’Irak, en particulier autour de la région de Shengal et à arrêter les frappes aériennes turques. »