L’État turc continue de démolir le centre historique de Diyarbakir

À Sur, centre historique de Diyarbakir, plusieurs bâtiments, dont des monuments historiques, ont été démolis sur ordre des autorités turques.

À Sur, centre historique de la capitale kurde de Diyarbakir, plusieurs bâtiments, dont des monuments historiques, ont été démolis sur ordre des autorités turques.
En application du plan de destruction mis en œuvre par le ministère turc de l’environnement et de l’urbanisme après les massacres commis en 2015-2016 par les forces de sécurité turques dans le district de Sur, à Diyarbakir, plusieurs bâtiments, dont des monuments historiques de la ville, ont été démolis au cours des dernières semaines.

Une zone dans laquelle se trouvaient des maisons en briques et des commerces a été transformée en un terrain plat. On rapporte également que certains bâtiments historiques du quartier ont été détruits. Des commerces auraient par ailleurs été démolis sans l’accord des propriétaires.

En août 2015, les Kurdes ont proclamé l’autonomie dans le district de Sur, comme dans beaucoup d’autres villes du Nord-Kurdistan. Ces proclamations sont survenues au lendemain des élections législatives du 7 juin 2015, qui ont vu le Parti démocratique des Peuples (HDP) franchir pour la première fois le seuil électoral des 10 % au niveau national. Mécontent de cette victoire électorale qui privait son parti, l’AKP, de la majorité absolue au parlement, le Président turc Recep Tayyip Erdogan a rompu les négociations avec le mouvement kurde. La rupture brutale des pourparlers qui avaient commencé à la fin de l’année 2012 a marqué le début d’une période de massacres et de répression massive à l’encontre des Kurdes.

Craignant qu’une entité autonome kurde similaire à celles existant en Syrie et en Irak, ne soit créée à l’intérieur de ses frontières, Ankara a réagi par une violente répression. Des centaines de militants et de civils ont été tués.

Des couvre-feux ont été imposés dans plusieurs villes et districts de la région, dont le district de Sur. Une grande partie de Sur a été assiégée par les forces de sécurités turques à partir du mois de novembre 2015. Le centre historique de Diyarbakir allait connaître le plus long couvre-feu de l’histoire.

Un premier couvre-feu a été déclaré le jour de l’assassinat du bâtonnier de Diyarbakir, Tahir Elçi, devant le Minaret historique à quatre pieds, le 28 novembre 2015. Levé le lendemain, il a été suivi d’un deuxième couvre-feu décrété le 2 décembre.

Au cours des cinq mois qui ont suivi, quelque 200 personnes ont perdu la vie et des quartiers entiers, y compris ceux qui abritaient des monuments historiques, ont été rasés par l’armée turque….

300 membres des Unités de Défense civiles (YPS) résistaient encore lorsque l’armée turque et ses mercenaires sont entrés dans Sur avec plus de 10 000 hommes. Les derniers jours de la résistance, les F-16 ont survolé le district presque entièrement détruit. Un des membres des YPS, Çiyager, aurait alors déclaré : « Quoi qu’il arrive, la fin sera spectaculaire ! »