Violence dirigée contre des mères kurdes qui prônent la paix

Vivre dans une région de conflits implique beaucoup de douleurs. Dans cette situation celles qui souffrent le plus, ce sont les mères. Les mères kurdes, elles, ne peuvent même pas vivre et partager leurs souffrances.

Etant en grève de faim depuis le 7 novembre 2018, la députée kurde Leyla Güven demande à la Turquie d’appliquer ses propres lois. La Turquie n’applique pas les lois relatives aux droits des personnes privées de liberté dans la prison de l’Île d’Imrali. Alors que le droit de visite est inscrit dans la loi, Abdullah Ocalan et les autres détenus de l’île d’Imrali ne peuvent recevoir ni leurs familles ni leurs avocats.

Leyla Güven a commencé une grève de la faim pour manifester contre le silence qui entoure cette injustice. Depuis le 7 novembre 2019, elle appelle à ce que la loi soit appliquée. Pour soutenir Leyla Güven, des milliers de prisonniers et de prisonnières ont également commencé des grèves de la faim. Les mères des prisonniers/ères en grève de la faim pour exiger l’application des lois s’inquiètent de la situation de leurs enfants. Ces mères ne veulent pas perdre leur maison, leur terre, leurs souvenirs, leurs espoirs, ni surtout leurs enfants en raison des conflits.

Pour manifester contre le silence qui entoure ce drame et empêcher les morts probables, les mères des prisonniers/ères organisent des manifestations pacifiques silencieuses devant les prisons. Malgré les conventions signées pas la Turquie, la police attaque les mères qui se rassemblent depuis le 19 avril devant les prisons où se trouvent les grévistes. Les autorités essayent de faire taire les mères par la violence physique, les insultes et les menaces.

En 2014, la Turquie était la première signataire de la convention d’Istanbul. Cette convention oblige les signataires à “protéger les femmes contre toutes sortes de violences et à condamner les auteurs de ces violences ”.

Depuis le 19 avril, devant les prisons de Gebze, Kiziltepe, Silivri ainsi que d’autres prisons,les mères qui manifestent pour leurs enfants subissent violences physiques, insultes,menaces et harcèlement sexuel.Nous, les femmes ainsi que toute les personnes qui défendent les droits humains, nous condamnons la violence policière envers les mères qui veulent empêcher le mort de leurs enfants et briser l’isolement. Nous vous invitons également à rappeler sa responsabilité à l’Etat turc en tant que signataire de la convention d’Istanbul.

Les mères kurdes des grévistes de la faim résistent malgré les attaques.
Les familles des grévistes de la faim se sont engagées dans diverses activités de sensibilisation à la situation des prisonniers, telles que manifestations, rassemblements, sit-in, communiqués de presse et grèves de la faim. Elles ont intensifié leurs actions depuis qu’un groupe de prisonniers/ères a annoncé la semaine dernière qu’ils et elles allaient commencer un jeûne de la mort.

Cette semaine, les familles des grévistes ont organisé des manifestations à Diyarbakır, Bağlar et au parc de Koşuyolu pour attirer l’attention sur les grèves de la faim et les jeûnes de la mort.

Les autorités turques ont attaqué des mères kurdes alors qu’elles se rassemblaient pour protester contre le silence entourant les grèves de la faim de leurs enfants en prison. La police, qui est intervenue lors du rassemblement, a frappé les mères et les a traînées par terre.

Les mères ont réagi face à la police en clamant qu’elles n’abandonneraient pas leurs enfants. Dans les vidéos diffusées sur les médias sociaux, les femmes peuvent être entendues en train de scander: “Nos enfants meurent”, “Vous ne pouvez pas nous réduire au silence”.

Un incident similaire s’est produit à Bakirköy, où des femmes âgées ont été traînées par terre par les autorités alors qu’elles demandaient la fin de l’isolement d’Abdullah Öcalan.

Pendant cette même semaine, des membres de la famille de détenus en grève de la faim protestant contre l’isolement imposé à Öcalan ont étés attaqués par la police et empêchés de faire une déclaration à la presse devant la prison de type M de Batman:

Les coprésidents adjoints du HDP Gulcemal Erdinc et Ikram Irgi, l’administrateur de la province Mahir Beklevis, la mère de Nasir Yagiz,actuellement en grève de la faim à Hewler,Muazzes Yagiz, ainsi que 21 parents de prisonniers dont les noms ne peuvent être identifiés pour le moment.

Des mères se sont également réunies devant la prison de Van pour faire un communiqué de presse sur les grèves de la faim et les jeûnes de la mort. 13 personnes, dont des mères qui ont lu la déclaration, ont été arrêtées après avoir été traînées par terre par la police.

Les mères des détenus n’ont pas été autorisées à filmer ou prendre des photos pendant qu’elles lisaient la déclaration et deux personnes filmant l’incident ont également été détenues. Les personnes arrêtées ont été conduites au commissariat de police de Van.

Les autorités turques ont démontré par le passé leur manque de retenue en attaquant les femmes âgées des Mères de la Paix et des Mères du Samedi. Les dernières agressions ont suscité l’indignation dans les médias sociaux et ont été largement condamnées par l’opinion publique.

Sulhiye Saruhan, une des mères battues par la police à Diyarbakir, a déclaré que la santé de son fils Mahsun Saruhan qui a rejoint la grève de la faim le 1er mars, se détériore. Saruhan a déclaré avoir été battue et insultée par la police, et que ses bras étaient couverts d’hématomes. Malgré le fait qu’elle ait été battue pour avoir exigé la paix, elle a déclaré vouloir poursuivre sa lutte.

Remziye Alan, mère de Mazlum Alan, qui fait la grève de la faim depuis le 1er mars dans une prison de type D à Diyarbakır, a déclaré avoir été battue par une policière. Alan, qui a rapporté que la policière lui avait tiré les cheveux et l’avait traînée sur le sol, a déclaré:

“Nous n’acceptons pas cette oppression. Je ne peux pas bouger mes bras. Je ne peux pas imaginer ce que vivent nos enfants en prison, quand ils sont aussi cruels envers nous ici. C’est une atrocité. Nous n’acceptons pas cette tyrannie. Nous lutterons jusqu’à ce que l’isolement soit levé et que nos enfants soient libres. Nous ne battrons pas en retraite.”